A l’époque, le beau-fils de Vero Cratzborn, qui venait d’avoir son Bac et allait faire La Sorbonne, encourageait sa mère à tenter le concours dont elle rêvait, ce qui a fini par susciter en elle le désir de s’écouter ! 48 heures avant la clôture des inscriptions, elle se décide. Elle s’inscrit donc au concours à la formation adulte de La Fémis, à l’atelier scénario.

« A l’époque, j’avais écrit deux projets. Le premier était la suite d’un de mes courts métrages, qui se passe à la campagne, parce que je viens de la ruralité, j’ai vécu au milieu des champs, dans une cité « horizontale ». Le second était une histoire avec un garçon et fille, et une mère qui se tuait à la tâche en travaillant chez les riches.
Pour le concours, j’ai passé une épreuve écrite, qui m’a donné confiance. On devait écrire six pages d’après une photo. Rien que de passer l’épreuve écrite, j’étais hyper fière de moi !
Puis il y avait l’épreuve orale : 23 places pour 32 candidats restants. Je bossais en direction de production sur une pub à ce moment là. J’étais très fatiguée parce qu’elle se tournait en Chine et j’étais en plein décalage horaire. J’ai été cash avec les examinateurs. Je leur ai dit que j’étais fatiguée et je les ai remerciés pour l’expérience de l’épreuve écrite que j’avais beaucoup aimée. On a discuté et c’était bien. J’ai été retenue !
On était par groupe de 7, j’étais avec Eve Deboise
. Je voulais que cette formation soit professionnalisante. Je voulais en ressortir avec un scénario de long métrage, et dès le premier intervenant que l’on a eu, j’ai compris qu’il fallait que je reprenne les bases : un personnage principal avec un objectif.
Après un moment de doute, je me suis enfermée 4 jours pour écrire, j’ai fait un mix avec les 2 histoires que j’avais déjà écrites, et j’ai mis de mon histoire dedans… ça a été instinctif ! On était en juin, il fallait rendre la continuité dialoguée en août, ça a été ma première base de travail.
Après, ça a été très long pour l’écriture, la réécriture, parce que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, que je dois travailler pour gagner ma vie, que j’ai trois enfants…
Le processus qui mène vers le tournage d’un long métrage est singulièrement long !
Ecrire, réécrire, se poser les questions sur les sujets que l’on souhaite garder, et faire des pauses pour ne pas perdre le désir.
J’ai tenu à cette histoire coûte que coûte, d’autant plus que j’ai fait des projets en psy en parallèle et j’ai senti que c’était important que ce soit quelqu’un comme moi qui le fasse, qui prenne la parole sur le sujet… parce qu’on est les enfants invisibles.
Ce n’est qu’en 2009 qu’on a reconnu les « forgotten children », les enfants oubliés, les enfants qui ont un proche en souffrance psychique… avec l’amour des enfants pour ce parent malgré tout. D’après les chiffres, on évoque deux enfants par classe concernés par ce type de situations. C’est une réalité qui existe. Quand les malades sont hospitalisés à domicile, ils le sont au sein du foyer, avec leurs enfants. »

La biographie de cette autrice-réalisatrice énergique et passionnée, la voici :
Vero Cratzborn grandit dans une cité au milieu des champs à Baelen, à l’Est de la Belgique. Après des études à HEC- Liège, puis en Arts et Sciences de la Communication à l’Université de Liège, elle découvre à 25 ans le cinéma auprès du producteur Bruno Pésery (sur des films d’Alain Resnais, Noémie Lvovsky, Olivier Assayas, Claire Denis…), puis du réalisateur Leos Carax, qu’elle assiste dans le cadre de deux projets.
Elle écrit et réalise cinq courts métrages diffusés à la télévision et présentés dans de nombreux festivals francophones et étrangers. Elle a réalisé deux documentaires et une expérience documentaire digitale.
Elle a réalisé plusieurs courts métrages de fiction dans le cadre de résidences artistiques au sein d’établissements publics de santé mentale et d’établissements scolaires. La forêt de mon père est son premier long métrage de fiction.

Source : dossier pédagogique du film.

 

Interview réalisée et article rédigé par Anne Lucie DOMANGE pour De la suite dans les images
© photo : Marie Lépine-Pothon

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